BD/manga

La vie hantée d’Anya

Anya’s Ghost 

 

Auteure: Vera Brosgol

Traductrice: Alice Delarbre

Editeur: Rue de Sèvres

Pages: 223

 

Anya est une adolescente avec tout ce que cela implique de petits tracas quotidien: un frère pot de colle, une mère encombrante, le lycée, les relations amicales et amoureuses. Mal dans sa peau à cause de légères rondeurs et surtout de ses origines russes, Anya a l’impression de porter toute la misère du monde sur ses épaules. Après une journée particulièrement éprouvante, elle tombe dans un ancien puits où elle fait connaissance avec le fantôme d’Emily, une adolescente morte quelques décennies plus tôt… fantôme qui va la suivre en dehors du trou et transformer sa vie.

Vera Brosgol signe un roman graphique enrichi de ses expériences personnelles sur les difficultés d’intégration dans  un pays qui n’est pas le sien. Son trait tout en rondeur à la mise en couleur presque monochrome est particulièrement réussie et convient parfaitement à la cible de lectorat visée. Elle aborde avec pertinence les troubles de l’adolescence et notamment les difficultés à trouver sa place lorsque l’on est différent. Le personnage fantomatique d’Emily permet à Anya de se remettre en question et de réfléchir à ce qui compte vraiment pour elle.

La vie hantée d’Anya est un récit initiatique convaincant rendu un brin effrayant par l’histoire de fantôme.  Mes filles de bientôt onze ans ont eu un gros coup de cœur pour cette histoire même si les thématiques abordées ne les concernent pas encore toutes. Il est certain que nous lirons d’autres titres de Vera Brosgol.

 

La vie d’Anya est un vrai cauchemar. Une famille « gênante », des rondeurs mal placées, et un accent russe qui complique considérablement son intégration au lycée. Pour couronner le tout, la voilà qui dégringole dans un puits où elle tombe nez à nez avec un fantôme. C’est Emily, tombée là elle aussi quelques décennies plut tôt. En l’aidant à sortir du trou puis en lui donnant de précieux conseils, Emily devient vite la meilleure amie d’Anya. Enfin, c’est ce qu’elle croit…

BD/manga

Calpurnia BD, Tome 2

 

D’après: Jacqueline Kelly

Illustratrice: Daphné Collignon

Editeur: Rue de Sèvres

Pages: 90

Une année s’est écoulée depuis la sortie du premier tome de la bande dessinée adaptant Calpurnia de Jacqueline Kelly. L’attente fut longue et c’est avec un immense plaisir que mes filles et moi-même avons lu ce deuxième tome.

Un deuxième tome qui dégage une autre ambiance que le premier, une ambiance moins lumineuse. En effet, cette deuxième partie s’appuie sur les épisodes de mal-être de Calpurnia, qui sent que son sexe est un frein à l’épanouissement d’une vie qu’elle pourrait choisir. Alors qu’elle rêve d’université et de sciences, sa mère souhaite la préparer à entrer dans le monde et à en faire une parfaite petite ménagère. Calpurnia ne sait vers qui se tourner pour faire comprendre que ses rêves ne sont pas ceux de sa mère. Même son grand-père semble trouver bien qu’elle apprenne à tricoter et cuisiner, des choses qui lui ont été très utiles à lui aussi lorsqu’il a fait la guerre et qu’il ne pouvait compter sur l’aide d’aucune femme. Entre une volonté d’étudier et la nécessité d’apprendre à être autonome, Calpurnia doit apprendre qu’il existe un juste milieu et que les deux ne sont pas incompatibles pour peu que l’on s’en donne les moyens.

A l’image de la couverture, les planches de Delphine Collignon sont une alternance de pages en sepia et de pages toutes en nuances de noir et blanc. Les premières illustrent le quotidien et les moments de bonheur de Calpurnia, ses jeux et études scientifiques dans la nature; alors que les secondes sont à l’image de son humeur déprimée. Ce jeux des couleurs offrent une réelle immersion dans les émotions dégagées par le jeune fille et son histoire. L’ensemble se veut une album de toute beauté aux planches plus abouties.

« Il y avait peut-être une place pour moi dans ce monde, après tout. Une place où je ne serais ni étrange, ni égoïste, où je ne serais une déception pour personne. Qui pourrait être déçu par une femme qui découvrirait tant de merveilles scientifiques? Ma mère, sans doute. Mais je ne voulais pas y penser. »

BD/manga

Miss Charity, tome 1. L’enfance de l’Art

D’après: Marie-Aude Murail

Auteur: Loïc Clément

Illustratrice: Anne Montel

Editeur: Rue de Sèvres

Pages: 120

Miss Charity fait parti de ces romans que je relis toujours avec un plaisir immense pour la qualité du récit mais aussi pour les valeurs transmises. Autant vous dire que le redécouvrir sous un nouveau format est un réel plaisir. Loïc Clément a parfaitement su adapter le texte en conservant les éléments les plus importants de la personnalité de Charity ou des événements qu’elle vit entre cinq et quinze ans. Sublimé par la beauté lumineuse des aquarelles d’Anne Montel, L’enfance de l’Art nous entraîne dans l’univers incroyable d’une jeune fille de la bonne société anglaise, en pleine époque Victorienne, qui préfère la nature aux salons et les sciences à la broderie, une jeune fille éprise de liberté.

Adaptant le magnifique roman éponyme de Marie-Aude Murail, Loïc Clément et Anne Montel signent une collaboration de toute beauté pour une bande dessinée en trois volumes qui, dès le premier volet, fait notre bonheur de lectrices et vient merveilleusement s’ajouter à notre bibliothèque d’adaptations.

Charity, en digne petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, n’a d’autre choix que de se taire et rester invisible. Comme personne ne fait attention à elle, Charity se réfugie dans la nursery, au troisième étage de la maison, avec Tabitha, la bonne, et Blanche, sa préceptrice qui lui enseigne l’aquarelle. Pour ne pas mourir d’ennui ou même sombrer dans la folie, elle élève des souris, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige. Sa rencontre avec ses cousin et cousines ainsi que leur séduisant ami Kenneth Ashley va lui faire réaliser qu’à l’extérieur existe un vaste monde qui ne demande qu’à être exploré… 

BD/manga

Chemin perdu

 

Auteure/ Illustratrice: Amélie Fléchais

Editeur: Soleil

Collection: Métamorphose

Pages: 96

 

« Étrange » est le premier mot qui me vient pour décrire cette bande dessinée. « Bizarre » est le second. Il s’agit probablement de la bande dessinée la plus originale qu’il m’ait été donné de lire par sa narration complètement farfelue et la mise en images en trois genres, surprenant mais fort agréable. Ce qui est certain est qu’Amélie Fléchais a su parfaitement représenter l’imaginaire foisonnant et arborescent des enfants. Car Chemin Perdu est avant tout un voyage à travers l’imaginaire de l’enfance: les jeunes héros font une chasse au trésor en forêt et, pour arriver avant tout le monde, suivent une carte des copinoux (représentée en début d’ouvrage) et tout en suivant les indications s’enfoncent dans la forêt dans laquelle ils font des rencontres surprenantes et oniriques tels un renard à la poursuite de sa bicyclette ou un ogre fait de branches… L’auteure nous entraîne dans son univers sans queue ni tête et nous perd littéralement dans les méandres de son récit.

Je ne saurai dire si j’ai aimé ou pas; j’imagine que mon esprit d’adulte, trop cartésien, cherche encore la logique de l’histoire et l’endroit où l’auteure a voulu nous emmener. Alors qu’en fait, il suffit très probablement de se contenter de lire l’histoire comme elle se présente sans essayer d’en comprendre le sens. En tout cas, Juliette et Gabrielle sont complètement conquises. Elles ont adoré le côté décalé, ont trouvé l’histoire très drôle, et regrettent qu’il n’existe pas d’autre aventure du même genre… Comme quoi, le public visé se pose sans doute moins de questions et est  plus à même de comprendre le fil de l’histoire sans se perdre.

« T’es sûr qu’en passant par là, on va arriver plus vite ? ». Ainsi commence l’extraordinaire chasse au trésor lancée par Le Camp du bonheur. Munis de leur carte des copinoux, “monsieur je-suis-le-meilleur », son petit frère qui s’imagine être un robot et leur copain, fils d’un chasseur en sont sûrs : ils seront les vainqueurs ! C’est simple, il leur suffit de suivre « le chemin des arbres déguisés en Apaches » et de répondre à une devinette… Mais c’était sans compter, la rencontre d’étranges créatures oniriques : un cerf géant au chapeau melon magique, un renard à la poursuite de sa bicyclette folle, un ogre branchu ou encore, une fée aux intentions ambiguës… Mais où donc cet étonnant jeu de piste les mènera-t-il ? À votre carte des copinoux, prêts, partez !

BD/manga

Nils, tome 1. Les élémentaires

Auteur: Jérôme Hamon

Dessinateur: Antoine Carrion

Editeur: Soleil

Collection: Métamorphose

Pages: 56

Sur Terre, les graines ne poussent plus bien que le sol soit riche et fertile; les animaux ne se reproduisent plus et le ventre des femmes restent désespérément vide. La vie semble s’éteindre. Nils, accompagné de son père, part à la recherche d’une réponse. En voyage, ils rencontrent des petits êtres lumineux – qui rappellent fortement les sylvains de la forêt de Mononoke Hime – les âmes de la nature. Les rencontrent ne sont hélas pas toutes aussi merveilleuses, et Nils est séparé de son père. Et lorsque les dieux anciens s’en mêlent, Nils n’a plus d’autre choix que de partir en terre hostile trouver les réponses qu’il cherche.

Voyage initiatique, récit fantastique mais aussi fable écologique, Nils est une histoire qui oppose deux modes de vies pour souligner l’action de l’homme sur la planète et les conséquences qu’elle engendre sur la nature. Les illustrations sont assez sombres mais reflètent parfaitement l’ambiance générale de ce récit. L’aventure d’un jeune garçon qui aimerait aider son père à ramener la vie sur Terre. Le trait est fin et précis. Certaines planches offrent des plans larges assez saisissants. Premier volet d’une trilogie, Les élémentaires est une introduction digne de ce nom qui amène le lecteur sur un final ouvert à tout un tas de suppositions et d’espérances.

Selon de vieilles légendes, il existerait un monde au-delà de la matière. Un monde constitué d’êtres lumineux, sans lesquels cette matière resterait inerte. Ainsi, quand les territoires du Nord, jadis fertiles et florissants, se muent en terres arides où plus rien ne pousse, ces légendes resurgissent et les regards se tournent vers les dieux anciens… Jeune garçon dans la fleur de l’âge, Nils, accompagné de son père, tente d’élucider ce mystère. Il rencontre ainsi ces êtres lumineux, les âmes de la nature qui le guident jusqu’à un royaume voisin à la technologie avancée… Une quête qui bouleversera son existence.

BD/manga

Dans la tête de Sherlock Holmes – L’Affaire du Ticket Scandaleux, tome 1/2

 

Auteurs: Cyril Lieron & Benoit Dahan

Dessinateur: Benoit Dahan

Editeur: Ankama

Pages: 48

 

Cette bande dessinée est, comme son nom l’indique, une invitation Dans la tête de Sherlock Holmes. Le lecteur peut littéralement suivre le fil rouges des pensées du célèbre détective qui fourmillent de détails et de connexions plus ou moins farfelues.

Dès l’arrivée d’un ami médecin du Dr Watson au 221B Baker Street, retrouvé errant en pleine nuit l’air hagard, le cerveau de Holmes se met en marche et nous entraîne dans un dédale complexe et pourtant logique de réflexions et de déductions. Cette Affaire du Ticket Scandaleux est une enquête inédite auréolée de mystères orientaux digne hommage à Sir Doyle et son héros.

La mise en page dynamique est particulièrement intéressante et se fait l’expression visuelle des pensées de Holmes dans un découpage particulièrement pertinent. Le design original, correspond parfaitement à l’ambiance; le choix des couleurs sépia colle lui à l’époque et donne à cette BD un petit côté rétro bienvenu et complètement raccord. L’ensemble est un petit bijou qui laisse dans l’attente insoutenable de la suite et fin de l’enquête.

Un simple diagnostic médical du Dr Watson se révèle être bien plus que cela. La découverte d’une poudre mystérieuse sur des vêtements et d’un ticket de spectacle très particulier amène Sherlock Holmes à penser que le patient n’est pas l’unique victime d’un complot de grande ampleur…

BD/manga

Culottées – Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent 2

Auteure/ Illustratrice: Pénélope Bagieu

Editeur: Gallimard

Collection: Bande Dessinée

Pages: 165

 

Il y a plus d’un an que j’ai lu le tome 1 des Culottées de Pénélope Bagieu et c’est avec autant de plaisir que j’ai lu les pages de ce tome 2 tout aussi fort. Cependant, si le plaisir est présent, je dois bien reconnaître que certains portraits sont difficiles à lire; je pense notamment à Phulan Devi, dont la mort m’est apparue comme une libération. Je n’arrive toujours pas à me remettre de toutes les horreurs qu’elle a traversé… et elle a pourtant su à chaque fois se relever.

Une fois de plus, Pénélope Bagieu dresse le portrait de quinze femmes de tout horizons, de toutes classes sociales, qui ont su garder confiance en elles, se battre pour leurs valeurs, leurs idéaux, ne pas laisser les hommes les dominer, écraser leurs ambitions, les détruire… Le ton se veut drôle sans pour autant rire des situations les plus cruelles. Les Culottées sont des femmes incroyables qui méritent d’être (re)connues pour leurs combats, leurs parcours, leurs vies. Elles sont scientifiques, artistes, engagées, de couleurs et de religions différentes, mais toutes ont sûr s’élever au-dessus de la condition de femme dans laquelle la société voulait les enfermer.

Rappeuse afghane ou astronaute, reine des bandits ou volcanologue, inventrice ou journaliste d’investigation, les Culottées ne renoncent jamais. Quinze nouveaux portraits de femmes qui ont bravé tous les obstacles pour mener la vie de leur choix.